Le temps, cest de largent !
Cette expression lapidaire cache un certain nombre de réalités plus profondes.
Il faut pour cela tenter de donner des valeurs sociales aux deux acteurs en question.
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A) Largent nest quun moyen pratique favorisant les échanges de biens et de services indispensables dans une société qui a éliminé le troc.
Il faut disposer régulièrement dun minimum dargent pour assurer la survie biologique élémentaire.
Tout surcroît dargent permet dassurer des compléments de confort, en particulier psychologiques, à commencer par le sentiment de sécurité (pour lavenir), plus généralement de puissance apparente (par rapport au voisin) dans sa fonction de " paraître ", et, au delà dune certaine masse, permet dexercer différents niveaux de pouvoir réel sur le système des capitaux eux mêmes.
Par rapport au troc qui ne permettait pas laccumulation de biens consommables échangés, laccumulation de largent présente un avantage, mais aussi un inconvénient, celui du stockage (éventuellement excessif) et de son utilisation (éventuelle) à des fins de domination.
Seules les contraintes fiscales imposées par létat permet de réduire ces inconvénients et de réduire les " inégalités " de possession (mais pas de pouvoir) liées à ce type dexcès.
Il y a encore beaucoup à faire dans ce domaine de largent " roi ".
Au delà des utilisations servant à satisfaire les besoins biologiques des individus, toutes les autres possessions et utilisations des surcroîts correspondent à des catégories dutilisations de plus en plus péjoratives dans lesprit de la majorité des gens.
La puissance apparente des achats pour " paraître " peut encore prêter à sourire.
Le pouvoir réel des grands possédants ne fait généralement plus sourire.
Mais dans lensemble, il est curieux de constater que les gens recherchent majoritairement de meilleures conditions financières, comme si cétait un objectif de ressembler de plus en plus demain à ce que lon déteste aujourdhui.
La compétition des " autres " ou un risque de pénurie des moyens daccéder à ce nirvana exacerbe encore plus ces tendances à séchapper du lot.
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B) A la différence de largent, le temps est donné, et gratuit, naturellement.
Si lon fait lhypothèse que les besoins biologiques sont satisfaits, le temps na dutilité réelle que par le moyen qui est ainsi fourni de communiquer, déchanger et dappartenir ainsi à lespèce.
Léchange de son temps contre de largent, par le biais dun contrat de travail par exemple, nest plus, dans nos sociétés modernes, à assimiler à une aliénation non valorisante du temps, car les besoins financiers permettant de couvrir les stricts besoins biologiques représentent un pourcentage de plus en plus faible du temps consacré au travail rémunéré proprement dit.
Bien entendu, ce pourcentage est plus important pour les ménages de travailleurs les plus mal placés dans la hiérarchie, et il devient très faible pour les postes les mieux valorisés sur le marché du travail.
Mais globalement, quel que soit ce pourcentage, les personnes qui travaillent reconnaissent que le milieu du travail correspond pour eux à un moyen dexpression et dappartenance à un corps social qui ne sait pas encore complètement éliminer le travail et qui néliminera jamais son rôle de justification (sentiment personnel) et de reconnaissance sociale perçue (par les autres).
La recherche dite du temps libre (par opposition au temps du travail, supposé non valorisant), cette recherche dans la plupart des cas permet de libérer du temps pour des actions individuelles plus ou moins égoïstes (bricolage, loisirs, etc. ... ) qui ne sont que complémentaires aux actions sociales et aux satisfactions dappartenance et de reconnaissance que seul le temps de travail permet.
Si lon étudie les causes de suicides (pour des raisons non financières, et non sentimentales), on saperçoit que ceux qui se produisent dans le milieu des travailleurs sont liés à des problèmes non résolus de reconnaissance du travail lui même par la société (policiers, agriculteurs par exemple), et que ceux qui se produisent dans les milieux dadolescents sont liés à un manque de confiance personnelle dans lavenir et lutilité sinon la reconnaissance de lautre que lon en espère.
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C) Si lon tente de classer les besoins physiologiques et psychologiques dans un ordre hiérarchique dimportance, en partant du vital essentiel au futile le plus vil, on pourrait aligner :
1) la satisfaction des besoins biologiques essentiels
2) la satisfaction des besoins dappartenance sociale.
3) la satisfaction des besoins dutilité sociale.
4) la satisfaction des besoins de reconnaissance sociale.
Nota : ces 4 premiers relevant du verbe " être ".
Les suivants relevant du verbe " paraître "
5) la satisfaction des besoins superflus, accessibles par largent et/ou par le temps disponibles.
6) la satisfaction des besoins de pouvoir sur les autres, par largent et/ou lélection.
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D) Action.
Pendant 80 ans, le temps " utile " ne posant pas problème, les avancées sociales ont été axées sur largent et accessoirement sur le temps libre.
Depuis 20 ans, cest le temps " utile " qui fait défaut, entraînant la non satisfaction des points 2, 3 et 4) pour un pourcentage croissant de la population.
Depuis 20 ans, nos gouvernements de pays développés nous entraînent à espérer une sortie du tunnel qui nous ramènerait vers le plein emploi, ce qui est de moins en moins crédible, en tous cas dans les conditions actuelles des heures dites " légales " de travail.
Le rejet des politiques par les citoyens caractérise en fait un refus des politiques et des citoyens de parler et de penser " vrai " et de reconnaître quil ny a pas de solution réelle par le maintien du statu quo rigide concernant la répartition du temps " utile ".
Au delà des nécessaires réductions dinégalités financières passant par une meilleure redistribution des richesses matérielles, ne faudrait-il pas considérer quil y a également une redistribution indispensable des richesses liées à laccaparement du temps " utile " par une partie seulement des ménages, redistribuant certes une partie de largent acquis pour satisfaire les besoins physiologiques des démunis, mais restant fermement accrochés aux parts de temps " utile " qui font cruellement défaut aux sans emplois ?
La masse globale du temps " utile " et de largent lié au travail semble être aujourdhui limitée.
La répartition de lun sans lautre nest pas une solution.
Seule la répartition simultanée des DEUX me semble réaliste, et ceci pour une durée imprévisible, mais rien nempêche de rêver que demain, ça ira mieux et que les " fous " de travail pourront mieux séclater, tout en râlant sur le temps libre quils nont plus.
Attention, ça ne signifie pas que si lon met tout le monde au travail à 32 heures, ça sera payé 39.
Il faudra admettre un réduction de lordre de 3% sur le pouvoir dachat actuel, ne serait ce que pour participer.
Une action parallèle sur les disparités financières permettra dadoucir sensiblement cet effort de tous pour une meilleure justice sociale, par le biais dun impôt sur le patrimoine enfin productif résorbant les déficits publics actuels.
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Le pouvoir d'achat des salaires.